Petite marionnette en bois, entièrement articulée, elle est actionnée par une corde ou un bâton traversant son corps, les pieds reposant sur une planchette de bois, fixée sur la cuisse du marionnettiste. Les vibrations émises en frappant la planchette font danser la marionnette.
«[Le bonhomme gigueur] est généralement placé debout sur une planchette de bois, laquelle est glissée sous les cuisses de la personne qui le manipule, cette dernière étant assise. Au rythme de la musique, le plus souvent du violon, l’utilisateur tient le pantin d’une main et frappe la planchette avec son autre main. La figurine donne ainsi l’illusion de giguer. Selon les goûts de l’artisan, le bonhomme gigueur peut être peint de plusieurs couleurs et orné d’accessoires, par exemple une pipe dans la bouche, une ceinture à la taille ou une tuque sur la tête.[1]»
Le bonhomme gigueur, ou bonhomme dansant, est aussi appelé marionnette à la planchette ou poupée à la planchette, ou encore paddle doll, dancing doll ou jig doll. Le terme jig doll, importé d’Europe, est devenu limberjack pour les anglophones d’Amérique du nord, déformation du mot lumberjack, qui désignait les bûcherons canadiens.
Albert Beaulieu et son bonhomme gigueur, Baie-des-Sables, Québec, 1974 © Musée canadien de l'histoire
Au Québec, on aime croire que cette invention vient des bûcherons québécois qui « gossaient » du bois sur les chantiers de foresterie, mais les recherches démontrent que les origines du bonhomme dansant sont plus anciennes. En effet, il apparaît sur des tableaux, des gravures et des illustrations en France, en Angleterre et en Italie à partir du 19e siècle. Utilisées par les marchands ambulants, les marionnettes sont souvent à l’image de leurs manipulateurs : musiciens, soldats, pêcheurs, clowns, marins, ou à l’effigie de personnages célèbres que l’on veut ridiculiser. Le modèle québécois, avec un bâton horizontal fixé au dos de la marionnette, vient certainement du modèle anglais, très répandu chez les marins qui l’emportaient lors des traversées pour les États-Unis.
Il faut souligner le pouvoir revendicateur du bonhomme dansant, qui avait l’audace de giguer alors que le clergé interdisait la danse. Non seulement il prenait plaisir à défier les interdits, mais il prenait également la parole pour dénoncer les salaires trop bas des forestiers[2], leurs conditions de travail déplorables et l’exploitation des grands patrons anglophones. Comme l’insolence venait d’une marionnette, il n’y avait pas à craindre de représailles.
Si le bonhomme gigueur tombe en désuétude au Québec au milieu du 20e siècle, il retrouve, dans le tournant des années 2000, un regain d’activité auprès des musiciens traditionnels, qui l’emploient pendant leurs spectacles. Signe évident de sa nouvelle popularité, des bonhommes dansants à fabriquer soi-même sont en vente sur Pinterest.
En 1983, Petr Baran et Claire Voisard, du Théâtre de l’Illusion à Montréal, font des recherches sur les bonhommes gigueurs dans les régions du Québec à la fin des années 1970. Ils montent une exposition intitulée Danse mon bonhomme danse, qui « fait découvrir les origines, les moyens de fabrication et d’animation du bonhomme dansant » et permettaient au public de manipuler des modèles de bonhomme gigueur.
TiZac, Bonhomme gigueur © Claudine Rivest
[1] Répertoire du patrimoine culturel du Québec.
[2] Monique Jutras, Trad mag, janvier-février 2017
Références :
Exposition du Théâtre de l’Illusion en 1983 : vidéo sur YouTube et livret de l’exposition sur le site du Musée canadien de l’histoire : https://www.museedelhistoire.ca/collections/artifact/75541
Robert Loiselle, de Saint-Boniface au Manitoba, fabrique en famille des bonhommes gigueurs pour le programme scolaire du Festival du Voyageur : https://ici.radio-canada.ca/info/videos/1-7679548/bonhomme-gigueur-une-histoire-famille
Une tradition faite main, article de Jonathan Semah, La Liberté, 26 janvier 2023 : https://www.la-liberte.ca/2023/01/26/une-tradition-faite-main/
Monique Jutras, Trad mag, janvier-février 2017
Monique Jutras et les bonhommes gigueurs : Une performance de la troupe de bonhommes gigueurs de Monique Jutras à la Veillée du Plateau d’Espace Trad, à Montréal, le 21 mars 2009.
À l’écoute du Bonhomme Gigueur de Paul – Patrimoine vivant et moment présent: On découvre les gestes, les sons et le travail qui se cache derrière la création d’un bonhomme gigueur avec Paul. Les arts traditionnels s’inscrivent dans un temps long, dans le contexte patrimonial de durée et de transmission entre les générations des savoirs et savoir-faire, mais aussi dans l’idée d’une pratique lente qui permet de s’ancrer dans le moment présent. Se produisant depuis plus de 30 ans au Québec, au Canada, en Europe et aux États-Unis, Paul Marchand est un artisan du bois et un musicien qui a naturellement allié ses deux passions. Afin de fabriquer un bonhomme gigueur, l’artisan doit d’abord sabler les pièces de bois puis les assembler à l’aide de colle et de douilles. L’essentiel est de maintenir les articulations mobiles, car ce sont elles qui permettront au pantin de danser. Pour lui donner vie, l’artisan dessine un visage et le coiffe d’un bonnet rouge. Une fois entièrement monté, le bonhomme gigueur est placé au-dessus d’une palette de bois au moyen d’une tige tenue dans une main. De l’autre, celui ou celle qui anime le bonhomme fait rebondir la palette, provoquant ainsi un mouvement similaire à la gigue chez le pantin. Combiné à la musique, le bonhomme gigueur amuse le public et dynamise le rythme de l’accordéon.