C’est une marionnette manipulée en surplomb, comme la marionnette à fils, au moyen d’une tringle métallique fixée par un anneau sur la tête. Parfois, une seconde tringle vient animer un bras ou une épée. La tringle permet une animation énergique et précise.
La marionnette à tringle est une forme ancienne, attestée par la découverte de marionnettes en argile datant de l’Antiquité, portant une tringle sur le sommet de la tête. Elle a été pendant longtemps le type de marionnettes le plus répandu en Europe, particulièrement en Italie, où les modèles à tringles et à fils sont utilisés pour les personnages de la commedia dell’arte : ce sont les fantocci, qui a donné le terme fantoche en français.
Ayant traversé le Moyen Âge, elle fait le bonheur (et l’honneur) des traditions siciliennes (les pupi), belges (tringle liégeoise) et françaises (Lafleur, dans la région d’Amiens). Dans les théâtres forains itinérants, elle a principalement interprété les chansons de geste, les récits de batailles épiques, ponctués de grandes batailles chevaleresques, comme la Chanson de Roland, ou Orlando furioso, de l’Arioste. Pour les scènes de bataille, le marionnettiste peut empoigner trois ou quatre tringles simultanément. Les mouvements de la marionnette sont forcément limités et ne se définissent que par rapport à l’espace, ils mettent en jeu tout le corps du manipulateur.
Les marionnettes à tringle sont souvent animées à hauteur d’homme, comme c’est le cas pour Lafleur, où les manipulateurs sont installés de part et d’autre des décors qui les cachent jusqu’à la taille alors que le haut de leur corps est dissimulé par la partie supérieure du décor. Elles peuvent aussi être manipulées à vue, ou dans un castelet, équipé d’un ou de plusieurs ponts, ce qui permet de jouer sur plusieurs plans et donner un effet de perspective. Pour combattre leur rigidité, on ajoute des fils aux bras et aux jambes, ce qui permet une manipulation plus subtile.
Marionnette à tringle : personnage de Orlando, Sicile, 19e siècle © Xavier Schwebel, Musée Gadagne, Lyon
Trois exemples traditionnels
Lafleur est le personnage emblématique du théâtre de marionnettes de Picardie, comme Guignol l’est à Lyon. Il porte un costume en velours rouge, avec une chemise à jabot et un tricorne. C’est un valet de comédie au franc parler, frondeur et moqueur et, comme Guignol, il a souvent affaire avec l’autorité, incarnée par les gendarmes.
Le théâtre traditionnel de marionnettes sicilien, Opera dei pupi, représente des histoires de chevaliers du Moyen Âge, interprétés par des marionnettes en bois, dont certaines sont habillées d’une armure. La tringle principale traverse la tête jusqu’au buste, et porte les fils de manœuvre des bras, les jambes étant dotées d’un mouvement pendulaire. La tringle se termine par un crochet, qui permet d’accrocher la marionnette et de lui faire faire certains mouvements. Le marionnettiste et constructeur des pupi est nommé puparo. Certains pupi peuvent mesure jusqu’à 1,30 mètre de haut, et peser 30 kg. Dans ce cas, leurs jambes ne sont pas articulées et supportent leur poids, soulageant ainsi les manianti (les opérateurs) qui les manipulent depuis une passerelle masquée par la toile de fond de scène. Depuis 2001, les pupi font partie du patrimoine culturel et immatériel de l’UNESCO.
En Belgique, les spectacles de marionnettes à tringle représentent eux aussi des histoires de chevalerie, des scènes bibliques ou des romans du 19e siècle. Dans ces pièces souvent comiques, les marionnettistes suivent le récit donné par un seul comédien qui module sa voix pour interpréter différents personnages, et qui n’hésite pas à improviser en fonction des réactions du public, en utilisant la langue et des références culturelles locales. Cette tradition de la région de Bruxelles est inscrite depuis 2025 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Au Québec, le Théâtre de l’Œil a renoué avec la tradition des pupi dans le spectacle Furioso, d’après Orlando furieux de l’Arioste, qui faisait appel à des marionnettes à tringles (et en armure !). Créé en 2021, la mise en scène est de Simon Boudreault et la conception des marionnettes de Richard Lacroix.
Furioso, Théâtre de l'Œil, 2021 © Michel Pinault