L’humanette est une drôle de marionnette qui s’hybride avec son marionnettiste en lui prenant la tête et en lui donnant son corps. Elle est constituée d’un petit corps, que le marionnettiste accroche autour de son cou, sa tête devenant celle de la marionnette. Il peut également lui prêter ses mains. Les bras et les jambes sont fixés à des tiges horizontales, les pieds suivant librement les mouvements de la marionnette. Deux manipulateurs peuvent travailler sur la même marionnette, un pour la tête et les bras, l’autre pour les jambes et pieds.
La différence de proportion entre la tête de l’humain manipulateur et le corps de la poupée manipulée crée un effet comique ou caricatural, c’est pourquoi ce type de marionnette se rencontre le plus souvent dans les foires, les cabarets ou à la télévision. Quelques metteurs en scène (Valère Novarina, Philippe Genty) l’ont utilisée au théâtre, mais cette technique reste assez rarement employée.
La poupée d'Oskar Kokoschka et Hermine Moos
La kokoschka : histoire d’un amour fou
Humanette est un terme anglais, c’est l’équivalent du mot français « fantoche » qui signifie poupée vivante, et de « kakautskys», en allemand. Ce type de marionnette est aussi désigné sous le nom de kokoschka, que l’on doit au peintre autrichien Oskar Kokoschka (1886-1980).
En 1912, Oskar Kokoschka rencontre Alma Mahler, veuve du compositeur bien connu. Pendant deux ans, les amants vivent une passion amoureuse qui inspire au peintre expressionniste des œuvres sublimes, dont la plus connue, La fiancé du vent, représente le couple. Fort malheureux à la suite de leur rupture, Oskar part à la guerre, dont il revient grièvement blessé. Et toujours en mal d’amour. Il demande alors à une costumière de Berlin, Hermine Moos, de lui sculpter une marionnette de taille humaine, qui serait la parfaite effigie d’Alma. Un échange de lettres nourri entre le peintre et la costumière atteste du processus de création, Oskar donnant des indications très précises car il souhaitait que cette poupée, par son réalisme, « abuse tous les sens ». Bien que le résultat ne soit guère convaincant (voir photo), Oskar installe une sorte d’intimité avec la poupée, il mange avec elle, dort avec elle, se promène avec elle. Après plusieurs mois de vie commune, il met un terme à l’existence de cette malheureuse marionnette en la décapitant, un soir de beuverie.
Dans La poupée de Kokoschka, l’écrivaine d’origine québécoise Hélène Frédérick donne la parole à Hermine Moos pour raconter cette histoire d’amour fou. Ce livre est paru en 2010 aux éditions Verticales.