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Lexique

La marionnette bunraku : trois pour un

par Michelle Chanonat 2026

Marionnettes de type bunraku et marionnettes sur table sont manipulées par un animateur placé au même niveau, derrière ou à côté de la marionnette. C’est ce qu’on appelle la manipulation équiplane.

Le bunraku est le théâtre professionnel de marionnettes du Japon, qui s’est développé entre le 17e et le 18e siècle. C’est une des quatre formes de théâtre traditionnel, avec le kabuki, le noh et le kyogen. L’art du bunraku est reconnu comme héritage culturel immatériel par l’Unesco.

Né de la rencontre de trois artistes : le conteur, le dramaturge et le montreur de marionnettes, le bunraku s’est structuré autour de l’interprétation rituelle de la pièce, avec un récitant, qui joue tous les personnages en modifiant sa voix, accompagné d’un joueur de shamisen (luth à trois cordes) qui fait office de bruiteur et de trois manipulateurs muets et masqués.

La marionnette bunraku mesure la moitié ou les deux tiers de la taille humaine. Elle est faite d’une tête, sculptée dans du bois tendre et évidée, ce qui permet d’y placer les mécanismes pour animer les yeux, les sourcils et la bouche, commandés par des ficelles qui passent dans le cou. Le corps est vide, il est constitué d’une armature pour les épaules, sur laquelle sont fixées les jambes et les bras. La marionnette est assemblée avant chaque spectacle, on fixe la tête et les membres, puis elle est costumée et perruquée.

Marionnette bunraku : Tadanobu Sato, guerrier du clan des Genji.
Personnage de la pièce Mille cerisiers de Yoshitsune © Xavier Schwebel, musée Gadagne, Lyon

Ritualisée, la manipulation demande trois personnes pour une seule marionnette : le chef marionnettiste, le plus expérimenté, soutient la marionnette de sa main gauche, grâce à une poignée fixée dans la tête de la marionnette et opère la main droite. Le premier assistant s’occupe de la main gauche, et le second, des jambes. C’est une technique qui exige une très grande coordination entre les manipulateurs, mais aussi entre les manipulateurs, le récitant et le musicien. Les trois marionnettistes sont visibles sur scène, généralement habillés en noir et portant une cagoule pour les rendre invisibles. Ils se déplacent en position de khatakali, les jambes à demi fléchies. Quand on sait qu’une marionnette peut peser plus de 30 livres, on imagine sans peine que son animation soit un tour de force !

Les marionnettes dites « de type bunraku », s’inspirent de la marionnette traditionnelle japonaise, sans pour autant en respecter strictement les conventions. Souvent plus petites que les marionnettes traditionnelles, elles sont animées grâce à une poignée dans la tête et des tiges fixées aux membres, par une ou deux personnes. Leur visage est peint, les yeux sont fixes. Bon nombre de compagnies utilisent ce type de marionnette : grâce à la finesse de la manipulation, la magie opère et donne l’illusion de voir les yeux se fermer, ou la bouche s’ouvrir.

Au Québec, elle a été réinventée et utilisée par Félix Mirbt et le Théâtre Sans Fil, entre autres, dès le début des années 1970.

En savoir plus :

Article de René Sieffert, du Théâtre du Soleil :  https://www.theatre-du-soleil.fr/fr/a-lire/le-bunraku-ren-sieffert-4119

Vidéo : Richard Lacroix, scénographe et concepteur de marionnettes pour le Théâtre de l’Œil présente les marionnettes de type bunraku du spectacle Marco bleu : https://www.youtube.com/watch?v=3NfaFWnNxhg

Marionnette bunraku de Felix Mirbt, du spectacle Woyzeck, 1993 © Michael Abril, AQM, 2020

Bibliographie :
Portail des arts de la marionnette, Pôle international de la marionnette, Charleville-Mézières, https://artsdelamarionnette.eu/
Encyclopédie mondiale de la marionnette (WEPA) de l’ UNIMA : https://wepa.unima.org/fr/
La marionnette traditionnelle, Raphaèle Fleury, Musée des marionnettes du monde, Lyon, 2010,118 p.
L’art vivant de la marionnette, Christian Armengaud, Nouvelles Éditions Loubatières, Portet-sur-Garonne, 2012, 164 p.