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Biographies

Pierre Robitaille, marionnettiste dans l’âme

par Michelle Chanonat 2026

Ceci n’est pas une biographie de Pierre Robitaille. C’est une déclaration d’amour documentée, faite à un artiste d’exception, un marionnettiste audacieux et inventif, un être attachant et drôle, bref, en trois mots : un homme extraordinaire !

Il raconte que, quand il était enfant, ses quilles en plastique décollaient comme autant de fusées en direction de mondes lointains habités par des petits soldats dont l’habit ne faisait pas le moine. À l’âge de 20 ans, ce touche-à-tout bricoleur trouve un terrain de jeu à la hauteur de ses multiples talents : la marionnette. « J’étudiais en arts plastiques et je faisais du théâtre. Dès mon premier contact avec la marionnette, j’ai compris qu’elle me permettrait d’explorer le côté multidisciplinaire de mon expression artistique[1]». Marionnettiste, il l’est dans l’âme, si bien qu’on finit par se demander qui manipule qui, dans son cas. Il suffit de le voir avec sa marionnette-star, la bien nommée Gretchen Gret, pour comprendre qu’elle et lui, c’est pour la vie, puisqu’ils ne forment (presque) qu’un seul corps.

Des marionnettes, Pierre Robitaille en a fabriqué, façonné, animé des centaines. D’abord pour Pupulus mordicus, compagnie de joyeux fous qu’il fonde en 1995 avec Marie-Christine Lê-Huu, Martin Genest, Sylvie Courbron et Philippe Soldevila. Ce collectif de créateurs s’oriente vers un théâtre où marionnettes, texte, jeu, scénographie s’imbriquent étroitement. Avec eux, il crée des spectacles qui font date dans la mémoire des spectateurs et spectatrices du Québec et d’ailleurs, que ce soit Faust, pantin du diable, d’abord présenté sur les remparts de la ville de Québec, Les Enrobantes, cabaret décolleté pour psychanalyste plongeant qui explorait la libido de Freud (rien de moins !), ou la réinterprétation de grands textes du répertoire, comme Jacques et son maître, de l’illustre Diderot, L’Opéra de quat’sous, de Bertold Brecht, L’Oiseau vert, de Carlo Gozzi, ou encore Les véritables aventures de Don Quichotte de la Manche, spectacle coproduit avec une compagnie espagnole, et qui sera présenté à Barcelone.

« Sur le plan du jeu, l’osmose comédien/marionnette s’est vu, par exemple, durant Faust, lorsque les spectateurs ont juré avoir aperçu la marionnette cligner des yeux et verser une larme. Mais c’est mon visage qui était là », dit Pierre Robitaille[2].

Pierre Robitaille et Gretchen Gret dans Les Survivants, Pupulus Mordicus, 2004 © Daniel Dupont

Pour et avec Ubus Théâtre, compagnie de théâtre dirigée par la comédienne et metteuse en scène Agnès Zacharie, Pierre Robitaille imagine, conçoit, réalise des décors et des marionnettes adaptées à ce théâtre ambulant qui présente ses spectacles dans un bus scolaire. Il est aussi interprète dans plusieurs spectacles (Le Périple, L’Écrit, Caminando & Avlando, Le Pommetier) avec lesquels il sillonne les routes du Québec et de la France.

Collaborateur infatigable, son ingéniosité et son expertise en font un partenaire recherché. Pierre Robitaille multiplie les occasions de mettre sa créativité au service de l’art des autres. Ainsi, pour Robert Lepage, il conçoit la marionnette d’astronaute de La face cachée de la lune. Avec le Théâtre Motus, pour Méphistoméliès, avec le Théâtre Bouches Décousues pour Lascaux, avec le Théâtre populaire d’Acadie pour les Jumeaux d’Arcadie. Pour le parcours Où tu vas quand tu dors en marchant… ? du Carrefour international de théâtre de Québec, il conçoit le tableau Machineries une allégorie post-industrielle inspirée des œuvres de 1984 de Georges Orwell et de Métropolis de Fritz Lang.

Reconnu par ses pairs, son travail lui mérite le « Masque de la contribution spéciale » pour les marionnettes des spectacles Les Survivants (2004) et Jacques et son maître (2006) et de nombreuses nominations au Prix de la fondation du Trident et aux prix d’Excellence de la culture de Québec-Chaudières-Appalaches.

En 2025, Pupulus Mordicus a fermé les portes de son atelier, « là où Pierre devenait Gepetto et construisait ses marionnettes[1] », raconte Martin Genest, autre cheville ouvrière de la compagnie. Ces magnifiques créatures sont ainsi condamnées à un repos éternel au fond des coffres. Certaines ont été adoptées par des amis et des marionnettistes, mais toutes ne survivront pas, à moins qu’un musée ne les invite dans ses vitrines. Toutefois, Pierre Robitaille a avoué, à un journaliste du Devoir[2], que « l’art, comme un bouton, va continuer à le démanger ».

[1] Sonia Sarfati, La Presse, 5 février 2000 : https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2189562
[2] Op.cit.
[3] https://www.ledevoir.com/culture/theatre/820983/pupulus-mordicus-theatre-marionnettes-ficelles-coupees
[4] Op.cit.