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Lexique

Lumière sur la marionnette du théâtre d’ombres

par Michelle Chanonat 2026

Avec le théâtre d’ombres, les marionnettes passent de la 3D à la 2D et se placent derrière un écran. Certaines se manipulent avec des fils tandis que de d’autres le sont à l’aide de baguettes ou encore à pleine main. Outre l’interprète et les objets manipulés, ce théâtre joue avec leurs ombres, grâce à une source de lumière et une surface de projection.

Michel Corvin, dans le Dictionnaire encyclopédique du théâtre, le définit comme « une forme dramatique qui consiste à accompagner une narration rituelle, épique ou satirique, de la projection sur un écran d’images d’objets fixes ou articulés, manipulés par un montreur ».

L’historique de ce théâtre est d’une grande richesse, il s’ancre dans les anciennes traditions d’Inde, de Turquie, de Chine. Dans le wayang kulit, le théâtre d’ombre indonésien, les marionnettes sont taillées dans un cuir très fin, presque translucide, qui permet de jouer avec la couleur. Elles sont articulées et ouvragées. Comme la tête et le corps sont souvent dissociés, la combinaison des deux permet de créer de nombreux personnages. Chaque personnage est fixé sur une tige faite de bois, de bambou ou de corne.

Le théâtre d’ombres chinois est une forme de théâtre, accompagné de musique et de chants, qui met en scène des silhouettes de personnages pittoresques en cuir, en bois ou en papier. Manipulés à l’aide de tiges, elles créent l’illusion d’images mobiles projetées sur un écran formé par un tissu translucide tendu et éclairé à l’arrière. Les figurines articulées du Pi ying chinois sont conçues à l’aide d’une peau translucide (d’âne, de buffle…) découpée et ajourée sur toute sa surface. La peau est enduite d’huile, laquée puis colorée.

Parmi les figures de cette famille de marionnettes, Karaghiosis est le personnage emblématique du théâtre d’ombres grec, et son cousin Karagöz celui du théâtre turc (photo ci-dessous). Karagöz a le visage rond, un œil bien dessiné avec une grosse pupille noire (d’où son surnom d’« œil noir »). Bossu et chauve, il porte un bonnet volumineux et une barbe taillée en arrondi. Ses sourcils sont épais et tombants. Ce n’est pas un personnage très fréquentable : on le dit « paresseux, fourbe, voleur, obsédé sexuel et bavard ». Mais il sait se tirer de toutes les situations embarrassantes !

Karagöz, marionnette du théâtre d'ombres de Turquie, 1948 © Xavier Schwebel, Musée Gadagne, Lyon

Le théâtre d’ombres en Europe

C’est au 18e siècle que le théâtre d’ombres est introduit en Europe. Dans le théâtre popularisé par le marionnettiste Dominique Séraphin, présenté comme le fondateur des « ombres chinoises » en France (qui n’ont rien à voir avec les spectacles d’ombres proposés en Chine), les marionnettes sont des silhouettes articulées, découpées dans du carton ou du métal qui, projetées sur un écran, donnent un spectacle en noir et blanc. Plus tard, au célèbre cabaret du Chat noir, à Paris, le peintre et metteur en scène Henri Rivière y apporte de la couleur. Ses silhouettes sont découpées dans des feuilles de zinc projetées sur des fonds colorés de couleur. De 1886 à 1897, année de la fermeture du cabaret, Henri Rivière signe la mise en scène et les décors de tous les spectacles, qui sont de grands succès et contribuent à sa notoriété.

Selon Fabrizio Montecchi, qui compte parmi les plus importants metteurs en scène de théâtre d’ombres contemporain en Europe, « tous les éléments qui sont sur scène font partie du théâtre d’ombres. Ce n’est pas seulement l’écran, mais tout ce qu’il y a sur le plateau : les acteurs, les silhouettes, la musique, les décors, les objets. […] L’acteur dans le théâtre d’ombres doit s’investir autant qu’un comédien dans d’autres formes de théâtre, parfois même davantage (selon le spectacle) : il va quitter son corps d’acteur pour devenir silhouette, il devra constamment avoir en tête l’image produite par ses mouvements, aura également la charge du manipulateur, du conteur, du personnage. Lorsque les ombres corporelles se dessinent comme des silhouettes, de profil, le jeu d’acteur est d’autant plus important : les comédiens sont des personnages ; s’ils jouaient de face derrière l’écran, cela n’aurait pas de sens[1] ».

Yoghi, marionnette de Wayang kulit ©Xavier Schwebel, Musée Gadagne, Lyon

[1] Le théâtre d’ombres, enjeux de la création, stage de Fabrizio Montecchi, compte-rendu de scribe, Élise Rongier, 2018, Portail des arts de la marionnette https://artsdelamarionnette.eu/visionneuse.php?lvl=afficheur&explnum=27156#page/1/mode/2up
Bibliographie :
Corvin, Michel (dir), Dictionnaire encyclopédique du théâtre à travers le monde, Éditions Bordas, Paris 2008 ; 1ère édition : 1991
Portail des arts de la marionnette, Pôle international de la marionnette, Charleville-Mézières, https://artsdelamarionnette.eu/
Encyclopédie mondiale de la marionnette (WEPA) de l’ UNIMA : https://wepa.unima.org/fr/
La marionnette traditionnelle, Raphaèle Fleury, Musée des marionnettes du monde, Lyon, 2010,118 p.
L’art vivant de la marionnette, Christian Armengaud, Nouvelles Éditions Loubatières, Portet-sur-Garonne, 2012, 164 p.