Fondatrice de deux compagnies de marionnettes, l’une pour enfants et l’autre pour adultes, Nancy Anne Cole s’est ensuite tournée vers l’art thérapie. Après avoir cofondé UNIMA-Canada, elle a été présidente de l’Ontario Puppetry Association de 1976 à 1980.
Parmi les marionnettistes formés par George et Elizabeth Merten, au sein des Merten Marionettes dans la deuxième moitié de la décennie 1950, Nancy Anne Cole (1936-1996) se distingue par la durée de sa carrière et par la palette de ses réalisations dans le métier.
Née au Massachussetts, elle suit une formation d’infirmière à Toronto où elle travaille un certain temps en milieu hospitalier. Nancy Anne Cole fonde The Friendly Puppet People en 1958, une compagnie pour enfants pour laquelle elle travaille en solo, parfois en duo avec Lori Bucan et plus tard Christiane Mioglio-Barker. Cette compagnie, dont le nom rappelle la série télévisuelle The Friendly Giant (1958-1985) à laquelle elle collaborera ponctuellement, se produit dans le sud de l’Ontario et aux États-Unis. Elle combine des techniques de marionnettes à gaine et à tiges. Créé en 1966, Huron Carol, adapté d’un texte du missionnaire Jean de Brébeuf, présente des personnages autochtones à gaine et tiges (hand-and-rod). Cole se démarque surtout par ses solos, notamment Baby Susie and Friends, spectacle dans lequel le jeu masqué lui permet de faire alterner les personnages qui interagissent avec une marionnette à gaine figurant une fillette d’âge préscolaire.
Nancy A.Cole avec Baby Suzie et un chien, v. 1989-1990 © Musée canadien de l’histoire, Fonds d’archives Ontario Puppetry Association
Dans les années 1960 et 1970, Nancy Anne Cole collabore à des épisodes de Butternut Square (CBC, 1964-1967), renommée Mr. Dressup (1967-1996). Avec Ernie Coombs, qui tient le rôle-titre, et la chanteuse Beth Anne Cole, cette série marque la mémoire pour les marionnettes principales, l’enfant Cassey et le chien Finnegan, qui sont manipulés par Judith Lawrence. Nancy A. Cole accepte quelques autres contrats télévisuels, mais, dans un tapuscrit non daté devant servir d’éditorial pour le journal de l’Ontario Puppetry Association, vers le milieu de la décennie 1970, elle s’indigne de la pingrerie et de la médiocrité des standards de la CBC en matière de marionnettes, au point de demander que son nom soit retiré de certaines émissions et d’envisager de cesser de travailler pour la télévision. Cette prise de position pourrait expliquer que ses activités soient restées surtout scéniques.
Tout en poursuivant les activités des Friendly Puppet People, Nancy A. Cole lance avec Kenneth McKay, en 1976, une compagnie satirique pour adultes de marionnettes à tiges et à gaines, la O-O-Sa-Can-U-C Puppeteers (« the Only officialy sanctioned Canadian, American, National and Universal Company of Puppeteers[1] »). Les personnages qui font la signature de ce tandem artistique sont Henry et Liza, un couple de septuagénaires en marionnettes à tiges, qui se querellent fréquemment dans l’intimité, la nuit. Une force de l’artiste, comme conceptrice de marionnettes et scénographe, était la créativité avec laquelle elle transformait la fonction ou embellissait des objets trouvés, y compris des déchets, ou encore des os, des becs et des ailes d’oiseaux morts, dont elle savait sublimer le macabre. La décennie 1980 marque un tournant dans la carrière de Cole vers une pratique d’art-thérapie. Ancienne infirmière, elle revient à un emploi en milieu hospitalier en 1986, comme art-thérapeute du Hugh MacMillan Rehabilitation Center, un hôpital pour enfants de Toronto spécialisé en réadaptation, tout en terminant en 1988 un programme d’étude en psychologie de la York University, ce qui l’amène à devenir une référence comme enseignante et consultante en art-thérapie.
Durant plus de trois décennies de métier, et jusqu’à la toute fin de sa vie, Nancy A. Cole s’est impliquée dans l’organisation de son milieu, avec les festivals régionaux de Puppeteers of America, l’Ontario Puppetry Association, qu’elle préside de 1976 à 1980, et la section canadienne de l’UNIMA, dont elle est cofondatrice. En 1993, elle publie à son compte un guide d’une soixantaine de pages sur le volet thérapeutique de sa pratique, Lend Them a Hand – Therapeutic Puppetry[2]. Seule une partie de ses archives textuelles et photographiques conservées par le Musée canadien de l’histoire a été numérisée.
Marionnette de Nancy A.Cole © Musée canadien de l'histoire, Fonds d’archives Ontario Puppetry Association