Article paru dans la revue Marionnettes 2023-2024 nº9 : Vive la marionnette libre !
Originaire de Victoria, en Colombie-Britannique, Tim Gosley est un marionnettiste connu pour son amour de l’art. Il a travaillé à la télévision, avec les Muppets de Sesame Street, et au théâtre « sérieux », comme il le dit lui-même.
Parler à bâtons rompus avec Tim Gosley, c’est monter dans le train de l’audace, de la lucidité et de l’expertise ; ses anecdotes colorées racontent des petits bouts de l’histoire de la marionnette au Canada et révèlent le parcours d’un artiste hors du commun. En ressortent la vitalité de la marionnette sur la côte ouest du Canada et l’engouement de Tim Gosley pour son art. Fascinant, ahurissant, attendrissant : tous ces adjectifs ne suffisent à décrire l’intérêt de ses propos.
Tim a coordonné durant plusieurs années l’événement Puppets for Peace, un festival intergénérationnel et communautaire à Victoria. C’est une célébration instituée en hommage à la Journée internationale pour la paix de l’ONU. Certaines des figurines sont conçues par le célèbre artiste tsimshian Roy Henry Vickers, reconnu internationalement en tant que sculpteur, graveur, éditeur et auteur de nombreuses publications, en plus d’être impliqué auprès de personnes toxicomanes. Les fêtes du Puppets for Peace de 2023 veulent démontrer que les premiers marionnettistes en Amérique du Nord sont issus des Premières Nations. Et, comme le dit Tim Gosley « Il s’agit aussi de faire partie de la mosaïque des peuples qui souhaitent ardemment que le monde soit meilleur. »
Tim Gosley est un artiste de projets ; il aime que ceux-ci se réalisent promptement. Cette qualité est reliée à son entraînement de marionnettiste télévisuel pour lequel il a dû développer vitesse, précision et endurance. Il avoue vivre entre deux mondes : celui du théâtre, vivant, organique, réfléchi, et celui des Muppets, rapide, instantané, fantaisiste, rigoureux.
Tim Gosley
Un chemin diversifié
Après un baccalauréat en arts à l’université d’Alberta et des études auprès du marionnettiste des Muppets, Richard Hunt, Tim Gosley aspire à devenir un acteur « sérieux ». Il admire le théâtre exploratoire de Peter Brook et l’intellectualisme du théâtre pauvre de Jerzy Grotowski. Sa carrière à la télévision débute avec des rôles mineurs pour l’émission Fraggle Rock puis, grâce à Richard Hunt, il obtient ses premiers rôles pour Sesame Street. À partir de 1989 et pendant neuf saisons, il prête vie et voix au personnage de Basil, l’ours polaire dans l’émission Sesame Park, une version canadienne de Sesame Street. Se succèdent, pendant de longues années, une série d’engagements au cinéma et à la télévision. Il écrit également la série d’animation Fix et Foxi. Il joue dans des spectacles de théâtre d’ombres et présente en solo sa version du Petit canard boiteux. En 2006, il monte The Fourth Wise Man, l’histoire de Noël d’un vieux soulier désemparé.
Son travail à la télévision n’altère pas son désir de « faire de l’art ». Ce puissant sentiment s’est nourri, entre autres, des œuvres de Robert Lepage et de danse contemporaine. Sa rencontre avec Johan Vandergun du Lampoon Theatre, une compagnie canadienne, est marquante. Il développe avec lui un regard critique aiguisé et le plaisir renouvelé de jouer comme acteur-marionnettiste.
À la suite de la découverte d’une photo du Songe d’une nuit d’été présenté au Centre national des arts à Ottawa, il fait la connaissance de Felix Mirbt. Pendant cette période, il sent que sa perception de l’art se transforme et se précise. Il rêve d’une pratique « profonde » telle celle de Felix Mirbt. Il se joint à la distribution du Songe d’une nuit d’été. Attiré par l’avant-gardisme de Mirbt, il déménage au Québec et y habite de nombreuses années, pour se rapprocher de son mentor. Celui-ci l’encourage à travailler à la création de spectacles à petites échelle et jauge. Dans la pratique de son jeu, Tim Gosley s’évertue à inventer des personnages qui ont la capacité de créer l’illusion qu’ils sont réels. Et tout comme Felix Mirbt, il perçoit la marionnette comme un outil et non un objet sacré.
En 2003, Tim Gosley reçoit le Prix Gemini (remis par l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision) pour la meilleure production[1] s’adressant aux enfants du préscolaire. Il confie être fasciné par la capacité des enfants, mais aussi des adultes, à adhérer à la présence et au jeu de marionnettes très simples, même à notre ère de technologies sophistiquées : « Les spectateurs sont conscients qu’un humain les anime et malgré cela, leur imagination les entraîne à croire que les marionnettes sont vraiment vivantes. C’est un processus magique que je peine encore à comprendre. »
Ce sentiment l’amène à se remémorer avec affection ses premières expériences de la scène avec son père, Gerry Gosley. Celui-ci, comédien, artiste de variétés et du burlesque a créé, parmi d’autres personnages, le rôle de la reine Victoria dans le spectacle Smile Show, présenté au McPherson Playhouse à Victoria. Pendant que Gerry soulevait les foules, avec des productions typiques du vaudeville anglais, ses deux fils, dont Tim, étaient ses assistants de coulisse, témoins de sa fantaisie et de son impertinence. D’ailleurs, Tim s’est longtemps décrit comme une version timide de son père. Il y a quelques années, il ressuscite un Smile Show miniature dans un petit théâtre improvisé, dans lequel la reine Vicky est une marionnette.
Avec dérision, Tim Gosley se surnomme lui-même « le Bloke de North Hatley[2] ». Un clin d’œil coquin à sa difficulté apparemment insurmontable d’apprendre le français. Au début des années 2000, il revient à Victoria. Il s’investit dans sa communauté et développe mille et un projets, dont la construction d’un petit théâtre chez lui. Il représente la section ouest de l’UNIMA Canada.