D’abord aquarelliste formée lors d’un séjour en Angleterre, Rosalynde Osborne (1889-1990) se découvre une passion, vers l’âge de 30 ans, au contact du premier grand succès de Tony Sarg sur Broadway, The Rose and the Ring : les marionnettes. Elle effectue un séjour de formation aux États-Unis avec une collaboratrice de Sarg, Lillian Owen, à la différence du cheminement autodidacte de ses prédécesseurs. Elle fonde en 1923 les King Cob Puppets dans sa ville natale, Hamilton, avec une version innovante du répertoire de Punch and Judy[1]. Ils improvisent d’une représentation à l’autre : les personnages éponymes rencontrent des crocodiles, des chiens, un dragon… Sa compagnie présente majoritairement des levers de rideau pour les enfants[2] dans la région de Toronto. En 1930, l’artiste passe à la marionnette à fils, renomme sa compagnie King Cob Marionettes. Cumulant au tournant des décennies 1930 et 1940 plusieurs prix et distinctions internationales, elle impose des standards professionnels. Après avoir été l’une de ses assistantes, Muriel Moodie-Heddle sera parmi les premières artistes à poursuivre l’implantation professionnelle de leur art à Toronto.
Rosalynde Osborne avec les marionnettes de la pièce The Clouds d'Aristophane (1938)
À partir de 1937, Rosalynde Osborne crée de nombreux films avec des marionnettes. Elle les envoie en Écosse et les profits engendrés génèrent des fonds pour différents organismes de charité.
Osborne marque la mémoire en jouant, devant des publics universitaires, The Clouds (1938), une adaptation d’Aristophane créée avec le professeur Clement Stearn, qu’elle épousera en 1947. Outre la conservation de marionnettes de ce spectacle, une adaptation en film est conservée par le Musée canadien de l’histoire. Après avoir dissous sa compagnie en 1943, elle présente des expositions de marionnettes (dont la première au Canada), donne des conférences et écrit des articles, notamment pour la revue théâtrale canadienne Curtain Call, qui portent sur les genres de marionnettes et la dramaturgie à travers le monde.
En 1953, elle lègue à l’Université McGill sa bibliothèque personnelle ainsi qu’un fonds exceptionnel de 171 marionnettes (celles de sa fabrication, accompagnées d’un grand nombre d’artefacts des trois derniers siècles provenant d’Europe, d’Asie et des Amériques), et plus de 2700 périodiques, livres et monographies.
Marionnettes de Rosalynde Osborne pour la pièce The Clouds, d'Aristophane, 1938.